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Ingurgitons tous ensemble le meilleur remède au COVID-19

Alors, c’est plié, je vous le dis tout de suite, cherchez pas plus loin : en temps de maladie, de grisouilloux dans les âmes et d’inquiétude dans les cœurs (ou l’inverse), une seule solution, un seul recours, un seul remède : le Ludwil Beethovenax 500© !

Un coup de mou ? Un confinement ? Un état de guerre ? Du Ludwil Beethovenax 500© et ça repart ! (matin, midi, encore midi, après-midi, apéro, et soir, même sans ordonnance médicale).

On va aujourd’hui se pencher sur un petit bout d’une symphonie, la n°3. L’exercice va en quelque sorte consister à examiner à la loupe un détail du pli de la robe d’une sculpture d’une cathédrale, plutôt qu’à s’intéresser à ladite cathédrale, ce qui pourrait certes faire émerger quelque perplexitude sur l'intérêt de l'exercice susdit, mais quand le détail en question a précisément le petit je-ne-sais-quoi dont sont faites les œuvres extraterrestres, que le détail en question est tout à fait caractéristique de la manière dont la cathédrale est bâtie, et qu’en prime il donne la patate, pourquoi se priver, hein, je vous le demande ? Et en plus, je fais ce que je veux, donc, en fait, non, je ne vous le demande pas, à la réflexion.

Donc, nous voici avec ce petit bout de musique.

Mettez le son à donf, faites profiter les voisins - c’est un peu la période ou jamais.

 

 

Alors, qu’est-ce à dire ? C’est donc du Beethovenax 500©, plus exactement un extrait du premier mouvement de sa symphonie numéro 3 (par l'Orchestre Révolutionnaire et Romantique, dirigé par John Elliot Gardiner).

Voilà que ce petit passage commence tout mignonnement, hop, le cul dans l’herbe, ung petit coing de natur-eu, les petits oiseaux, une corbeille avec des chatons dedans, des abeilles qui butinent, il fait beau et tout le monde est gentil. 

Vingt secondes plus tard c’est l’Apocalypse, c’est les gnons dans la face, c’est l’huile essentielle de bergamote dans vos narines*, le menthol dans vos bronches, le napalm, ça dégage, ça ventile, ça éparpille, quelle saloperie de COVID-19 peut résister, franchement ?

Ne nous le cachons pas, disons-le tout net, sans détour, on va pas se mentir : ces pages de musique sont délirantes.

Au moins pour trois choses :

  • D’abord, ces coups assénés sur des accords de tout l’orchestre. Tout d’un coup, plus de mélodie, plus d’accompagnement, juste BIM, BAM, BAM, BIM, prends ça dans ta face. Je veux dire, en 1804, c’est des choses qui se font pas. On dirait, avec un siècle d’avance, le germe des accords de Stravinsky dans le Sacre du Printemps : un accord, du rythme, and let the magic begins.
  • Ensuite, ces accords, la manière dont ils sont constitués et s’enchaînent sur la fin, c’est… c’est… comment le dire au mieux ? Bah c’est what the fuck, un peu. Un peu, beaucoup, en fait.
  • Et enfin, le truc fou, le truc dingue, le truc qu’on croit pas et que pourtant c’est vrai, le truc que je sais pas comment ça a pu germer dans un cerveau, c’est qu’il s’opère cette extraterrestritude que le point culminant du passage, et conséquemment, du mouvement entier, est… un silence. Vous voyez un peu le truc ? Vous imaginez Obispo penser à un truc pareil ?**

 

Commençons par cette histoire de rythme, car, en musique : au commencement était le rythme.

Le mouvement utilise une mesure à 3/4, c’est-à-dire que la musique est a priori organisée par mesures de trois temps. Pas d’affolement, pas de panique, on passe tout de suite à la pratique, voilà ce que ça veut dire concrètement : écoutez ce passage, qui est tout simplement la reprise du premier thème principal de ce mouvement au piano. Contentez-vous d'identifier le discret instrument de percussion qui joue les temps, et comptez à voix haute « 1, 2, 3 » (je vous laisse caler votre 1 sur la grosse caisse comme des grands). 

Vous allez voir : ça colle.

 

...

 

Bien. Et alors, me direz-vous ?

Et alors, dirai-je : Ludwig se permet, dans le passage qui nous concerne, de jouer avec les temps et de nous asséner certains de ces fameux accords sur 2 temps seulement. Ce qui fait que tout d’un coup ça chamboule tout, hou là là que nous voilà chamboulé, et écoutez donc derechef cet exemple sonore qui, par le truchement habile d’instruments de percussion astucieusement camouflés, vous aidera à compter à haute voix, en alternance : des fois « 1, 2, 1, 2 », d’autres fois, « 1, 2, 3, 1, 2, 3 ». Où vous devriez remarquer également que tous les impacts des accords tombent sur les 2, c’est-à-dire sur ce qu’on appelle les contretemps, c'est-à-dire, comme.. ? comme… ? Oui, comme en jazz. En 1804. Je rappelle.

 

...

 

Il y a évidemment un truc, d’une très haute complexité et requérant des compétences mathématiques de pointe, qui permet à Ludwig de retomber sur ses pieds, c’est que, 2x3 = 3x2 ! Si bien qu’on peut enchaîner trois accords de deux temps, pendant deux mesures de trois temps, pour du coup retomber sur le premier temps, ce que le graphique suivant tente superbement de vous montrer avec une grâce toute sylphidique*** :

 

 

Toutes ces cassures rythmiques d’alternance de 2 temps et de 3 temps, it rocks baby, ça pulse, Ludwig got ryhtm, c’est ce qui participe à cette impression d’être bousculé constamment, avec une énergie tellurique qu'on peut qualifier de saisissante.

Tout serait à trois temps sans discontinuer, sans ces ruptures, ça serait d’un ennui mortel, comme le montre ce très bel exemple tiré des archives de Toto van Obispen, un compositeur totalement oublié de nos jours mais qui voulait (mal) imiter Ludwig van Beethoven :

 

...

 

Ensuite, ces fameux accords. Bon. Alors.

Très certainement, les obscurs spécialistes d’Harmonie devraient pouvoir gloser sur des théories élaborées à base de « septième d’espèce de la dominante de la dominante en deuxième renversement avec sixième degré altéré », des trucs du genre. On pourrait aussi se demander comment on se retrouve ici à tourner autour d’une dominante de mi mineur alors que le mouvement est en mi bémol majeur - dans le genre détour éloigné en harmonie, c’est plutôt pas mal. Cependant, j'ai comme le léger pressentiment que cela ne parlera pas vraiment à la majorité d’entre vous.

Je voudrais plus simplement mettre en avant les deux derniers accords de la séquence, sans entrer dans toute la logique d’enchaînement des accords dans le cadre de la tonalité (c'est-à-dire le système d’harmonie utilisé dans les périodes baroque à romantique, et maintenant dans la chanson et pop actuelle).

L’avant dernier accord de la séquence, figurez-vous, c’est juste un do-mi-sol tout con. Si.

Hé ben, oui, d’accord, ça a l’air de rien, comme ça, d’accord, mais qu’est-ce que Toto van Obispen aurait fait ? Puisqu’on est dans une séquence de tension qu’on cherche à rendre maximum, bah il aurait accumulé les accords les plus dissonants de l’époque, quelque chose comme :

 

...

 

Sauf qu’en fait, cela finit par donner plutôt un effet de lassitude, de tourner en rond, le côté beurre + crème + huile qui fait que bon ça va comme ça merci, bref, ça fait un gros plat gras plein de crème au lieu d’un monument magnifique en marbre qui s’érige dans le ciel flamboyant du dernier crépuscule. 

Dans ce but, l’idée de Ludwig, c’est plutôt de placer cet accord très simple, mais qui sonne tout d’un coup clair, pur, éclatant (dernier accord de l’exemple suivant) :

 

...

 

Et puis alors là, alors là, juste après cet accord - la gnôle ? la fumette ? les champis ? - notre Ludwig sort carrément du monde harmonique connu (en 1804), le voilà sortant l’accord de la Mort, le truc répertorié nulle part, l’Alien :

 

...

 

L’effet de cet accord est rendu par un demi-ton, entre mi et fa. Le demi-ton, c’est l’espace entre deux notes le plus petit dans notre système de gamme occidental, ce qui fait que jouer deux notes éloignées d’un demi-ton en même temps ressemble assez à la sonnerie du métro parisien, pour ceux qui connaissent. 

Mais Ludwig ne colle pas les deux notes réellement directement côte à côte, il les éloigne en plaçant aux cordes le fa une octave au dessus du mi, ou en plaçant le demi-ton très haut dans les flûtes, si bien que… ça donne un effet magique, mi-dissonant mi-planant, comme vraiment un objet hors du monde réel (effet d’autant plus marqué que l’accord précédent, on l’a vu, sonne si pur et simple).

Remarquez la différence entre le demi-ton serré, et le demi-ton éclaté par distanciation d’une octave comme l’a fait Ludwig :

 

...

 

Et enfin, la cerise sur le gâteau, qui pourtant est déjà bien pourvu, c’est ce point culminant. Car après toute cette accumulation de tension par la succession de beignes, et après cet accord venu de l’espace, bah on ressent bien qu’il faudrait bien une culmination, un point d’arrivée, une libération, comme on fait d’habitude en musique, quoi.

Exactement ce que s’est dit Toto van Obispen, vous pensez - ce Toto, jamais le dernier pour foncer tête la première :

...

****

Ludwig ? Non.

Ludwig lui, c’est un rebelle.

Ludwig, c’est un bonhomme. Il en a dans le slibard.

Ludwig, il dit, moi, ma culmination, ça sera du rien.

Ouais, ça sera un silence, mon gars. Et qu’esse-tu vas faire ?

Et ainsi fit-il :

...

 

 

Premier temps de la mesure, bim, un silence. 

Pour enchaîner sur un accord répété (encore cette idée très Sacre du Printemps), comme un rebond après la chute, qui nous ramène le plus simplement du monde à une des mélodies principales du mouvement.

Un SILENCE, les gars. 

Non, mais.

Ça s’appelle : génial.

 

 

On se remet l'original pour conclure, du coup ?

(la réponse est oui, je précise).

 

 

PS : certains se demanderont, les plus pénibles d’entre vous, ou simplement les habitués de Twitter : « mais comment diantre se fait-il qu’on nous mette une peinturlure de Napoléon pour illustrer cette musique ? C’est un scandale ! Quel blog de *** ! ».

Hé bien, c’est pourtant la tarte à la crème de tous les programmes de concert quand la symphonie n°3 de Ludwig est programmée, qui racontent cette anecdote devenue sans doute, à force, la plus répétée dans les médias de musique classique : Ludwig voulait la Révolution partout en Europe, il était tout plein féru d’idéaux de Liberté et de Fraternité et tout ça, du coup quand Bonaparte est arrivé sur le devant de la scène, Ludwig s’est écrié « ho mais quel grand homme », et alors il a dédié sa symphonie à Bonaparte.

Et puis quand Ludwig s’est aperçu que Bonaparte devenait l’empereur Napoléon, c’est-à-dire finalement un homme banalement avide de pouvoir absolu comme tout un chacun, il est devenu très colère et a troué son papier à musique en raturant la dédicace. À la place il a laissé la mention « Symphonie Héroïque, pour célébrer la mémoire d'un grand homme », qu’il écrivit en italien parce que ça fait plus chic.

 

PPS : oui, oui, les sons synthétiques des exemples sonores sont TRÈS synthétiques, c'est comme ça, j'ai pas toutes les banques de son et des heures devant moi pour vous faire du service haut de gamme gold-platinum et si vous êtes pas contents c'est pareil.

 

* Essayez, vous verrez, ça pique. Ceux qui ont connu les vapeurs de Balsamorhinol savent.

** Non, hein ?

*** non, non, ce n’est pas une maladie.

**** ai-je honte ? Un petit peu.

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S
coucou tout le monde! ça n'a pas vraiment de rapport avec l'article mais ça peut toujours servir! j'ai trouvé un site qui propose un logiciel de trading automatique qui permet de gagner automatiquement 900 euros par mois sans aucune connaissance en bourse! et de faire par la suite un profit de 40% du capital chaque mois automatiquement!<br /> je vous laisse l'adresse du site pour qui ça pourrait intéresser:<br /> http://go.pages.tradeauto.1.1tpe.net
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R
T'as raté ta vocation, t'aurais dû faire prof de musique :-)
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L
Mais... mais... Pourquoi j'ai décidé de revenir ici après presque 10 ans, je l'ignore (enfin, non, la danse profane de Debussy est passée dans ma playlist), mais quelle emotion de voir que vous avez posté il y a si peu de temps. ???? J'avais dévoré ce blog quand j'étais ado !
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L
Merci Djac, ça m'avait manqué de te lire.
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A
Et comment a-t-on fait pour patienter tout ce temps sans référence à Obispo ? J'avais carrément oublié son existence !<br /> <br /> Rien que pour ça, merci Djac.
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